Limitation des naissances au Bénin : « Je conseillerais des solutions douces à celles radicales employées par la Chine », selon le professeur Albert Honlonkou

L’annonce, le 5 mars 2023, de la position du gouvernement béninois d’opter pour le contrôle des naissances au Bénin continue de susciter de réactions au sein des citoyens. Approché par notre rédaction, l’économiste Albert Honlonkou met en lumière les impacts d’une telle éventualité sur la vie du citoyen et l’économie du pays.
Que pensez-vous de l’idée du gouvernement de contrôler les naissances au Bénin ?
Je pense que c’est une initiative parmi tant d’autres pour améliorer le niveau de vie des Béninois. On connait déjà les autres initiatives qu’on utilise à savoir la croissance économique, la question de migration, etc. On ne dit pas que le Bénin est trop peuplé sur le plan de la densité des populations, mais on parle ici de la croissance démographique. Alors, bien que les produits ou la quantité de ressources augmentent, le partage ne serait pas équitable si la population augmente trop vite. Dans ce cas de figure, il serait difficile, voire impossible, pour l’Etat de dégager suffisamment de ressources pour investir dans la population. Quand je dis investir dans la population, il y a l’éducation, la santé, la nutrition, les loisirs. C’est ce qui explique le souhait du gouvernement d’intervenir au niveau de la population pour qu’on ne fasse pas naître d’autres personnes qui vont tomber dans la souffrance. Et comme je le dis généralement, quand vous ne naissez pas, vous ne souffrez pas. Et vous devenez un problème quand vous naissez et que vous souffrez.
Urge-t-il aujourd’hui, selon vous, d’employer cette mesure pour favoriser le développement économique ?
Oui, il urge de penser à ça ! Quand vous voyez les pays que nous qualifions aujourd’hui d’émergents, comme le Brésil, le Mexique, l’Afrique du Sud, l’Inde, etc., ils ont essayé d’agir sur la population pour avoir une parenté responsable. Cela signifie que les gens donnent vie à des enfants qu’ils peuvent supporter tant sur le plan privé, que sur le plan collectif ou social. Beaucoup de pays ont commencé ça. Je vous raconte une petite anecdote. En 1970, le Béninois était plus riche que le Chinois. Quand on avait un Pib par tête autour de deux cent et quelques dollars par tête, la Chine était à 180 dollars. Et déjà, après un certain nombre d’années aujourd’hui, la Chine tourne autour de 10 mille dollars alors que nous sommes encore à 1200 dollars. Prenez l’exemple des pays où on dit que ça marche, un peu comme le Rwanda. Savez-vous que le Bénin est plus riche que le Rwanda ? Le Rwanda est autour de 800 dollars alors que le Bénin est autour de 1200 dollars. Donc, vous voyez les pays où il y a vraiment la question de population, ceux sont des pays qui ont des problèmes. On peut lier le génocide rwandais à ça, à une grande population sur un petit territoire et qui n’a pas suffisamment de ressources. Les gens ont commencé par disputer les ressources et ça a entraîné la guerre. Donc, à partir de ce moment, il faut faire extrêmement attention. C’est pourquoi je dis qu’au Bénin, on n’a pas encore une bombe en tant que telle puisqu’on est autour de cent et quelques habitants au kilomètre carré. Mais le problème qu’on a au Bénin, c’est que le croît démographique est trop élevé. On est autour de 3%. Si on a une croissance de Pib de 5%, ça veut dire qu’annuellement on aura la croissance du Pib par tête de 2%. Or quand vous avez 2% du Pib par tête, il faut attendre 25 ans pour que ça double. 25 années de plus pour notre génération avant qu’on ait 2400 ou 2500, ce n’est pas intéressant. C’est pourquoi il faut agir à ce niveau aussi.
S’il vous était accordé la possibilité d’imposer un nombre d’enfants aux couples au Bénin, combien leur imposeriez-vous ?
Pour moi, deux enfants suffisent par couple pour les générations à venir. Nous qui sommes d’un certain âge en avons déjà fait beaucoup. Les gens faisaient beaucoup d’enfants à l’époque parce qu’ils estimaient que ceux qui décèdent par exemple de la varicelle ou la rougeole ont été tués par des sorciers ou la tante du village. Ainsi, ils se résignaient à en faire beaucoup espérant que les sorciers laissent la vie sauve à quelques-uns. Mais aujourd’hui, grâce à des technologies qui ne viennent hélas pas de nous, on sait que ces décès sont dus à de petites maladies qu’on n’arrivait pas à guérir. Ce qui est encore bien aujourd’hui, c’est que les gens vivent plus longtemps.
Que proposez-vous au gouvernement de faire pour permettre à la population de cerner l’utilité d’une telle mesure ?
Je conseillerais des solutions douces à celles radicales employées par la Chine. Les gens doivent comprendre la nécessité de préférer des enfants de qualité aux enfants en quantité. On peut prendre l’exemple du Brésil qui a commencé très tôt en 1960, en réalisant des films, des sketchs, qu’ils ont diffusés dans tout le pays. Ils y exposaient les avantages à préférer une petite famille à une grande famille. Cela pousse les gens à adopter de bons comportements. Il faudra aussi travailler sur nos mœurs en faisant appel aux sociologues. Il faut expliquer aux gens qu’ils ne doivent pas donner vie à un nombre illimité d’enfants, en prétextant que ceux qui ont réussi prendront leurs frères en charge. Alors qu’ailleurs, les parents font naître les enfants dans l’optique que ceux-ci les aident dans leur vieillesse en transférant un peu de revenus pour assurer leur protection sociale. Si vous devez assurer la protection sociale de vos parents, le faire pour vos frères, y ajouter votre propre famille, vous ne penserez jamais à votre épanouissement. C’est un piège.
Il faut par ailleurs mettre l’accent sur l’offre de contraception parce qu’il y a des gens qui n’arrivent pas à ajuster le nombre d’enfants qu’ils veulent avoir avec le nombre d’enfants qu’ils ont. Ceux-là par exemple, il faut leur donner des méthodes contraceptives pour qu’ils puissent se protéger et ne pas exagérer. Donc, quand on sensibilise les gens, ils peuvent eux-mêmes décider d’utiliser les méthodes de contraception. Ce n’est pas l’Etat qui obligera quelqu’un à le faire, mais on va lui montrer les avantages et les inconvénients de son choix.
Darie da SILVA



