Bénin : Pas de détournement à Parakou, mais une gouvernance à réformer
Les accusations de détournement de fonds au ministère de l’Énergie et de l’Eau à Parakou s’effondrent. Le Haut-Commissariat à la Prévention de la Corruption (HCPC) conclut à l’absence de malversations. Mais des failles structurelles persistent, menaçant la confiance citoyenne.
Le 7 août 2025, à Cotonou, Jacques Migan, Haut-Commissaire à la Prévention de la Corruption (HCPC), lâche une déclaration choc : « Aucun élément n’a permis d’établir la moindre preuve de malversations ou de détournements de fonds publics. » Les 31,6 milliards de FCFA investis entre 2016 et 2025 dans les secteurs de l’eau et de l’énergie à Parakou, hors projets MCA-Bénin II, ont servi à moderniser les infrastructures. Le réseau d’eau potable s’étend désormais sur 1 141 km, contre 445 km en 2016 (+156 %). La capacité de production d’eau passe de 400 m³/h à 2 400 m³/h (+500 %). Les abonnés à l’eau grimpent de 16 537 à 28 193 (+70 %), et ceux au réseau électrique de 26 756 à 49 200 (+84 %). Des progrès tangibles, mais entachés par des failles.
Un scandale qui secoue le Bénin
Tout commence le 21 juin 2025. Paulin Akponna, ex-ministre de l’Énergie, de l’Eau et des Mines, accuse publiquement des détournements massifs dans les projets à Parakou. Il pointe des dysfonctionnements dans l’accès à l’eau et à l’électricité, imputés à un « siphonnage » de milliards. Ces déclarations, jugées incendiaires, lui coûtent son poste. Le 26 juin, le président Patrice Talon, absent lors des faits, ordonne son limogeage par décret. José Tonato le remplace. La justice convoque Akponna, visé par une plainte de son prédécesseur, Samou Seïdou Adambi. Son parti, le Bloc Républicain, le lâche.
Une enquête rigoureuse, des conclusions sans appel
Conformément à la loi n°2020-09, le HCPC mandate une commission technique, dirigée par Alexandre Dagba. Après des semaines d’investigations, incluant des entretiens à Cotonou et des vérifications à Parakou, le verdict tombe : « Les allégations de détournement sont rejetées », annonce Migan le 7 août 2025. Les fonds ont été utilisés pour leur objectif initial. Mais le rapport révèle des failles : des besoins mal définis dans les plans de passation des marchés, un manque de personnel qualifié au ministère, une instabilité des responsables des marchés publics et des procédures locales trop lourdes, ralentissant les travaux.
Pourquoi ces failles ?
L’affaire Akponna expose un problème systémique : une gouvernance administrative et financière bancale. Les procédures de passation des marchés, lentes et opaques, freinent les projets. L’instabilité des responsables et le manque de compétences techniques aggravent les retards. À Parakou, ville clé du nord Bénin, les quartiers périphériques restent mal desservis, alimentant le mécontentement. Ces faiblesses, sans lien avec des détournements, érodent la confiance des citoyens.
La confiance en jeu
L’absence de malversations est une bonne nouvelle, mais les lacunes révélées fragilisent les institutions. Les retards dans l’accès à l’eau et à l’électricité irritent les habitants de Parakou. La polémique, amplifiée par Akponna, divise. Certains louent son audace, d’autres dénoncent une faute politique. Son limogeage rapide et la plainte d’Adambi signalent une fermeté face aux accusations non étayées, mais aussi des tensions au sein de la majorité.
Des solutions pour l’avenir
La commission propose des réformes urgentes : simplifier les procédures de passation des marchés, accélérer la viabilisation des quartiers périphériques et créer des unités anti-corruption au sein du ministère. « Notre engagement reste inébranlable », martèle Migan, appelant à une collaboration avec les partenaires et la société civile. Ces mesures visent à restaurer la confiance et à garantir des projets au service des citoyens.
Le Bénin, 70e sur l’indice de perception de la corruption en 2023, progresse dans la lutte contre la malversation. Mais les failles structurelles exigent des réformes immédiates. Les citoyens de Parakou méritent des infrastructures fiables et une gouvernance irréprochable. Le HCPC promet de rester vigilant. Et vous, qu’attendez-vous pour un Bénin plus transparent ?
Par Yêdafou KOUCHÉMIN



