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De FADeC à FIC : le Bénin adopte un bouclier financier pour les communes

Le 17 septembre 2025 marque un tournant décisif pour la gouvernance locale : le Conseil des ministres crée le Fonds d’Investissement communal (FIC), remplaçant le FADeC pour booster les investissements locaux. Transparence, équité et innovation au service d’un développement équilibré. Un espoir pour 77 communes assoiffées de progrès.

Dans un pays où la décentralisation patine depuis deux décennies, le Bénin innove. Le 17 septembre 2025, sous la présidence de Patrice Talon, le Conseil des ministres approuve la création du Fonds d’Investissement communal (FIC) et ses statuts, en substitution au Fonds d’Appui au Développement des Communes (FADeC). Ce nouvel instrument promet de transformer la gestion des appuis financiers aux 77 communes et aux établissements publics de coopération intercommunale, en mobilisant des ressources innovantes pour un développement local durable et inclusif. Une décision qui, si bien exécutée, pourrait redessiner l’équilibre économique du pays.

Le Bénin, pionnier africain de la décentralisation depuis la loi de 1999, a longtemps lutté avec des transferts financiers fragmentés. Le FADeC, créé en 2008 par décret n°2008-276, visait à organiser ces flux de manière transparente et équitable, alimenté par des dotations étatiques et des aides extérieures. Selon des données du Secrétariat Permanent de la Commission Nationale des Finances Locales (CONAFIL), il a permis de débloquer environ 58 milliards de FCFA en 2025 pour des projets comme des écoles et des forages, réduisant les disparités rurales. Pourtant, des critiques récurrentes pointent ses limites : une mobilisation insuffisante de ressources innovantes et une dépendance excessive aux budgets centraux, freinant les ambitions locales dans un contexte de croissance nationale à 6-7% annuels (Banque mondiale, 2024).

C’est ici que le FIC entre en scène, comme un catalyseur prospectif. Selon le communiqué officiel du Conseil des ministres, ce fonds « permettra d’accéder à de nouvelles et innovantes sources de mobilisation de ressources. Il contribuera à rehausser le niveau des recettes et de collecter, pour leur compte, les rétrocessions de l’État issues de la fiscalité partagée. » En clair, il vise à renforcer les capacités d’investissement des communes, poursuivant un développement équilibré à partir des bases décentralisées. Une vision alignée sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU, notamment l’ODD 11 sur les villes inclusives.

Ses missions, énoncées avec précision, allient efficacité et gouvernance. D’abord, offrir des services adaptés pour des financements additionnels, répondant aux besoins en infrastructures et services sociaux. Ensuite, assurer transparence et équité via le principe de péréquation, évitant les favoritisme qui minent souvent les fonds locaux en Afrique de l’Ouest. Le FIC appuiera aussi le renforcement des compétences communales en analyse financière et montage de dossiers, un appui crucial pour des élus souvent novices. Il suivra l’atteinte des objectifs des projets intra et intercommunaux, évaluant leur pertinence pour un développement durable. Enfin, il collectera et gérera les financements intérieurs et extérieurs, tout en habilitant des opérations de gestion comme des placements financiers, en appui aux collectivités. Notez toutefois l’exclusion des conventions directes, comme les jumelages internationaux, préservant l’autonomie communale. Une nuance bienvenue pour éviter une centralisation déguisée.

Économiquement, les implications sont profondes. Dans un Bénin où les communes génèrent seulement 10 à 15 % de leurs recettes via la fiscalité locale (rapport CONAFIL, 2023), le FIC pourrait booster les investissements à 20 voire 30 % supplémentaires, favorisant l’emploi rural et la réduction de la pauvreté (35% en zones périurbaines, Banque africaine de développement, 2024). Gouvernance oblige, il renforce la transparence, potentiellement via des audits renforcés, écho à la Déclaration de Paris sur l’aide efficace. Mais l’esprit critique s’impose : sans suivi rigoureux, risque-t-on une bureaucratie alourdie ? Historiquement, des fonds similaires en Côte d’Ivoire ont connu des fuites. Au Bénin, une évaluation indépendante sera clé.

Prospectivement, ce FIC s’inscrit dans une vision plus large : transformer la décentralisation en moteur de croissance inclusive, projetant le Bénin comme modèle ouest-africain. Si les 77 communes saisissent cette opportunité, l’équilibre territorial pourrait enfin prévaloir, insufflant un élan émotionnel de fierté locale dans un pays en pleine renaissance économique.

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