Joie 2025 : L’Anpe arme la jeunesse contre le chômage à Kandi

Kandi a vibré, ce 31 juillet 2025, au rythme de la Journée d’orientation et d’information de l’élève et de l’étudiant (Joie). Initiée par l’Agence nationale pour l’emploi (Anpe), elle ambitionne de révolutionner en apportant aux jeunes apprenants plus d’éclairage sur les opportunités, les besoins du marché et les outils à l’ère du numérique.
Chaque année, des milliers de jeunes, sortis des différents centres de formation ou universitaires, sont déversés sur le marché de l’emploi. Pour la plupart mal orientés, ils s’enlisent dans le chômage ou le sous-emploi. Les experts justifient cette situation assez préoccupante par le manque d’informations et l’inadéquation persistante entre la formation et l’emploi au Bénin. C’est pour corriger ce biais que l’Agence nationale pour l’emploi (Anpe) organise depuis quelques années la Journée d’orientation et d’information de l’élève et de l’étudiant (Joie). L’édition 2025 qui s’est tenue le 31 juillet à Kandi, chef-lieu du département de l’Alibori, est placée sous le thème « Trouve ta voie, construis ton avenir ».
Devant un parterre d’autorités politico-administratives, de personnalités locales, d’experts, de parents et de jeunes apprenants, le préfet de l’Alibori, Ky-Samah Bello, est allé droit au but. « Les parents imposent leurs rêves, étouffant les aspirations des enfants », déplore-t-il avec beaucoup d’amertume. Selon lui, les jeunes doivent avoir la liberté de choisir leur propre voie, sans être contraints. Ce plaidoyer pour l’autonomie s’inscrit en droite ligne des objectifs de l’Anpe qui, à travers la Joie 2025, veut des choix éclairés, ancrés dans les passions et les réalités du marché.
A sa suite, le témoignage de Johanna Adjovi, une artisane reconvertie, captive l’auditoire. « J’ai quitté un emploi qui m’étouffait pour embrasser ma passion », confie-t-elle. Son parcours, du salariat à l’artisanat, incarne le courage. Elle prouve que se réinventer est possible. Mais son succès contraste avec une réalité amère : beaucoup de jeunes, poussés dans des filières inadaptées, échouent. Le chômage d’aujourd’hui naît des erreurs d’orientation d’hier.
Achille Ayowa, quant à lui, livre une méthode implacable : talents, besoins du marché, ressources disponibles. « Trop de diplômés ne répondent pas aux attentes des employeurs », alerte le représentant du directeur général de l’Anpe. Cette inadéquation, fléau national, alimente un chômage endémique. Pour y remédier l’AnpE propose une solution : aligner les choix académiques sur les réalités économiques.
A son tour, Kokou Gbéwétoun, représentant du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (Mesrs), annonce une révolution. Une plateforme numérique, bientôt déployée, guidera les bacheliers. En renseignant compétences et aspirations, ils recevront des recommandations personnalisées. Cette innovation promet de réduire les erreurs d’orientation. Elle place le Bénin à l’avant-garde de l’accompagnement jeunesse.

Cependant, la Joie 2025 ne se limite pas à une journée. Elle s’attaque à un mal structurel. En 2024, le chômage des jeunes au Bénin frôle les 20 %, selon les estimations. L’informalité, qui engloutit 85 % de la main-d’œuvre, aggrave la précarité. En misant sur l’écoute, l’information et l’accompagnement, l’Anpe pose les bases d’une insertion professionnelle durable.
Mais des défis persistent. Les parents doivent lâcher prise. Les filières doivent évoluer avec le marché. Et l’accès aux outils numériques, encore limité dans l’Alibori, exige des investissements. Sans action concertée, la jeunesse risque de rester piégée.
Yêdafou KOUCHÉMIN


