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L’AnpE et les parties prenantes valident un avant-projet de loi pour promouvoir le volontariat au Bénin

À Cotonou, sous les regards tendus de volontaires et décideurs, un avant-projet de loi émerge : transformer l’élan altruiste des jeunes Béninois en pilier du développement et de l’emploi. Une charte pour la solidarité, née des crises et des rêves, prête à défier le chômage et à forger une nation unie.

Dans une salle feutrés d’un hôtel à Cotonou, un murmure d’espoir a résonné le 26 septembre 2025 : la validation d’un avant-projet de loi sur le volontariat, fruit d’années de militantisme discret. Au-delà des discours, cette initiative n’est pas un simple texte administratif ; c’est un pari sur l’âme collective du Bénin. Face à un chômage juvénile qui ronge 40 % des moins de 25 ans, selon les dernières estimations de la Banque mondiale, cette loi promet de muer l’engagement bénévole en tremplin professionnel, tissant un filet de solidarité pour un pays en quête d’émergence. Ici, le volontariat n’est plus une vertu oubliée, mais une arme stratégique pour la paix sociale et le développement durable.

Une genèse ancrée dans l’histoire et les urgences nationales

L’atelier de validation, tenu jeudi 26 septembre 2025 à Cotonou, n’était pas une formalité protocolaire, mais le couronnement d’un long cheminement institutionnel. Depuis la signature de la Charte africaine de la jeunesse en 2007, ratifiée par le Bénin en 2014, le pays s’est engagé à ériger le volontariat en vecteur d’émancipation citoyenne. Rappelons les jalons : la période révolutionnaire des années 1970-1980, marquée par le recrutement de jeunes instituteurs « révolutionnaires » et l’envoi de bacheliers en mission pédagogique, préfigurait déjà un service civique embryonnaire. Le décret 2007-486 du 31 octobre 2007 instaure un service militaire d’intérêt national, tandis que le programme d’action quinquennale 2006-2011 identifie le volontariat comme priorité pour renforcer le capital humain.

C’est dans ce sillage que naît, le 31 décembre 2010, le Corps national de jeunes volontaires pour le développement, géré par l’Office béninois des services de volontariat des jeunes (dissous en 2021). Le Plan national de développement (PND) 2018-2025, pilier du gouvernement Talon, centralise ces efforts sous l’égide de l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE), fusionnant l’Observatoire de l’emploi et de la formation avec les anciennes structures dédiées. « Le volontariat est au cœur de nos défis nationaux », a martelé Jeûn-Eve Assogba Délé, représentante du directeur général de l’ANPE, lors de l’ouverture. Elle évoque une tradition culturelle vivace, le « Alôgô nou min », cette assistance mutuelle fongbé qui, face à la modernité, réclame un cadre légal pour ne pas s’effilocher.

Cet avant-projet de loi s’inscrit ainsi au cœur des priorités nationales en matière de jeunesse et de développement. Le Bénin, avec une population jeune (plus de 60 % ont moins de 25 ans, d’après l’INSTaD), affronte un paradoxe cruel : un dynamisme démographique foisonnant, mais un taux de chômage des jeunes flirtant avec les 4 % officiels, un chiffre sous-estimé, comme le soulignent les rapports de l’Organisation internationale du travail (OIT). Le volontariat, loin d’être une rustine, devient un levier stratégique : il engage les citoyens dans la paix sociale, en canalisant l’énergie juvénile vers des projets communautaires, et soutient l’écosystème entrepreneurial via des initiatives comme le projet IYBA-SEED (Initiative contribuant à bâtir des économies plus résilientes et à créer des emplois décents pour les jeunes et les femmes), financé par la CEDEAO et implémenté par un consortium SNV-Expertise France.

Les motivations politiques : Protéger, valoriser, propulser

Les discours prononcés lors du lancement de l’atelier révèlent une vision institutionnelle claire, mêlant volonté politique et ambition transformative. Olivier Noukpokinnou, coordonnateur du projet IYBA-SEED, a salué cette étape comme « la concrétisation d’une grande ambition pour le Bénin ». Pour SNV et Expertise France, partenaires clés, le volontariat n’est pas un gadget philanthropique, mais un « instrument au service du développement socio-économique », particulièrement pour les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) détenues par des jeunes et des femmes. « Le combat commence maintenant pour faire aboutir le vote de cette loi », lance-t-il, appelant à une mobilisation collective pour son adoption à l’Assemblée nationale.

L'AnpE et les parties prenantes valident un avant-projet de loi pour promouvoir le volontariat au Bénin

Du côté de l’ANPE, Jeûn-Eve Assogba Délé insiste sur la protection des volontaires : « Cet avant-projet reconnaît le volontariat non pas comme une simple activité altruiste, mais comme un véritable levier de développement économique et social. » Il vise à coordonner les actions pour plus d’efficacité, encourager l’engagement citoyen, surtout chez les jeunes, à travers des opportunités structurées, et garantir un socle de droits : couverture sociale minimale, reconnaissance des compétences acquises. Ces expériences, souvent dévalorisées, deviendront des atouts pour l’insertion professionnelle, facilitant l’accès à l’emploi formel. Robert Toé, consultant international burkinabè et co-auteur de l’avant-projet avec Jean-Luc Lawson, contextualise : inspiré de la Charte africaine, ce texte aligne le Bénin sur ses voisins ouest-africains (Côte d’Ivoire, Togo, Sénégal), où cinq des douze États de la CEDEAO disposent déjà de lois similaires. « La loi va permettre aux volontaires d’avoir des droits et obligations clairs, assainir l’environnement et promouvoir les formes traditionnelles de volontariat », explique-t-il, soulignant son rôle dans l’employabilité et la contribution aux grands événements culturels ou sportifs.

Politiquement, cette loi porte les stigmates d’une stratégie plus large : dans un contexte de tensions post-électorales et de migrations forcées, elle renforce la cohésion nationale en intergénérationnel, comme les corps de volontaires du troisième âge, qui encadrent les jeunes. Elle répond aussi à une « crise stratégique » pour pérenniser l’engagement sans cadre, protégeant les volontaires de l’exploitation et l’État des risques d’instabilité.

De la validation à l’impact tangible

L’avant-projet, tel que débriefé dans le rapport provisoire, intègre des dispositions précises pour une mise en œuvre effective. Une fois validé, il suivra un itinéraire institutionnel rodé : examen par la Cour suprême pour conformité constitutionnelle, arbitrage au ministère de la Justice, approbation en Conseil des ministres, débat et vote à l’Assemblée nationale, puis promulgation par le chef de l’État. « Une structure dédiée sera mise en place », anticipe Robert Toé : potentiellement l’ANPE comme coordinateur central, ou une agence nationale indépendante, à l’image du Togo. Ce mécanisme assure une coordination cohérente, évitant la fragmentation observée par le passé.

Sur le fond, le texte consacre une section entière à la promotion : campagnes nationales pour valoriser le « Alôgô nou min » et autres pratiques ancestrales, partenariats avec les syndicats et ONG, et incitations fiscales pour les structures accueillantes. La protection est au cœur : assurance maladie et accidents pour les volontaires, formation certifiante pour valider les acquis. Pour l’insertion, un chapitre lie explicitement le volontariat à l’employabilité : reconnaissance des heures bénévoles dans les CV, passerelles vers les stages ANPE, et quotas dans les programmes publics d’emploi. Financé par la CEDEAO (via un congé spécifique mentionné), avec le soutien d’IYBA-SEED et France Volontaires, ce cadre budgétaire vise une pérennité au-delà des aides extérieures.

Un Bénin solidaire, prêt à rayonner

La validation de cet avant-projet n’est qu’une étincelle ; son adoption pourrait favoriser un mouvement. Imaginez : des milliers de jeunes, armés d’une loi protectrice, infusant leur énergie dans les MPME vulnérables, tissant des liens intergénérationnels pour une paix durable. Dans une Afrique tourmenté, le Bénin pourrait devenir un modèle ouest-africain, prouvant que le volontariat n’est pas une relique du passé, mais le carburant d’un futur prospère. Le véritable défi ? Transformer ces mots en actes, avant que l’urgence ne rattrape l’ambition. Les regards sont tournés vers l’Assemblée : le Bénin saura-t-il saisir cette chance pour ses enfants ?

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