Présidentielles à Madagascar : Polémique autour de l’augmentation des cautions des candidats

Le conseil du gouvernement a adopté, mardi 11 juillet 2023, un décret portant à 200 millions d’ariary (un peu plus de 25 millions FCFA) la somme dont les candidats devront s’acquitter pour pouvoir se présenter à l’élection présidentielle. Une décision qui fait polémique à quelques mois des élections présidentielles.
Ça va dans tous les sens à Madagascar. Pour certains, cette somme permet d’éviter les candidatures « farfelues », mais pour d’autres il s’agit d’une somme « exorbitante » qui exclut d’office de nombreux candidats potentiels. 200 millions d’ariarys (presque 26 millions FCFA), c’est quatre fois plus que lors de la précédente présidentielle de 2018 lors de laquelle 36 candidats étaient en lice. Un montant qui n’avait pas été révisé depuis dix ans, indique le compte rendu du conseil du gouvernement.
Eliana Bezaza, secrétaire nationale du PSD et ancienne candidate à la présidentielle de 2018, n’en revient pas face à cette montée drastique des frais. « En 2018, je trouvais déjà que c’était une somme faramineuse, mais là, c’est pour moi antirépublicain puisque la définition de la République, c’est justement l’égalité des chances de tous les citoyens. Nous sommes dans un pays très pauvre. Donc quand on parle de 200 millions d’ariarys pour ça, il y a un très profond déséquilibre. Même les candidats qui avaient les moyens de payer les 50 millions d’avant, je pense que maintenant, ils auraient des problèmes. Il faut vraiment être très riche pour pouvoir donner cette caution. », a t’elle déclaré.
Mais pour la porte-parole du gouvernement et Ministre de la Communication et de la Culture, Lalatiana Rakotondrazafy, cette augmentation est justifiable voire concédable.
« En dix ans, il y a eu des hausses assez conséquentes des coûts d’impression des bulletins uniques ». De ce fait, la caution est une contribution du candidat à ces frais. « Il est normal qu’il y ait eu une révision à la hausse », a-t-elle précisé.
Par ailleurs, cette contribution est remboursée pour les candidats qui obtiennent au moins 10% des suffrages.
Mais cela n’aura pas suffi pour calmer les ardeurs. Dans une vidéo postée sur sa page Facebook, L’ancien chef de l’État et fondateur du parti TIM, Marc Ravalomanana, qui a déjà annoncé sa candidature en début de mois, dénonce. « La caution devrait être la même que celle de la précédente élection. Cette révision à 200 millions d’ariarys ne respecte pas la loi. Nous sommes clairs, nous demandons la tenue de l’élection, mais nous n’acceptons pas les violations de la loi, ni les fraudes et les mauvaises intentions. C’est à la Ceni de prendre ses responsabilités pour une élection fiable, transparente et inclusive. »
Ignace TOSSOU



