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Volontariat au Bénin : une formation de l’ANPE pour outiller les acteurs

À Cotonou, une cohorte de volontaires et d’ONG a été formée. Issus d’une recommandation du 6e Forum CEDEAO, ces acteurs transforment leur engagement en arme professionnelle. Ici, le volontariat n’est plus un don fugace, mais un levier durable pour un continent en quête de cohésion.

Au siège de l’Agence Nationale pour la Promotion de l’Emploi (ANPE), les 23 et 24 septembre 2025, une session de renforcement des capacités réunit des responsables d’ONG et de volontaires engagés, venus des quatre coins du Bénin. Loin des discours convenus, cet atelier n’est pas un simple exercice formel : c’est une étincelle, née des recommandation du 6e Forum des Agences Nationales de Volontariat de la CEDEAO, tenu en mai 2024 dans la capitale économique béninoise. Virgil Abey, responsable de la communication à l’ANPE, l’a martelé d’entrée : « Le volontariat, c’est le cœur battant de la solidarité. C’est l’expression la plus noble de l’engagement humain. » Ces mots, prononcés au nom du directeur général de l’agence, résonnent comme un appel aux armes pour une professionnalisation qui transcende les frontières ouest-africaines.

Du forum à l’action concrète

Le Bénin, hôte providentiel de ce 6e Forum en mai 2024, n’a pas attendu pour transformer les mots en actes. La recommandation clé de l’événement : renforcer les capacités des organisations de la société civile (OSC) pour une participation accrue aux objectifs régionaux, s’incarne aujourd’hui dans cette formation. « Cette session de renforcement des capacités n’est pas un événement ordinaire ; elle est le fruit d’une volonté forte », insiste Abey, soulignant comment elle vise à doter les acteurs « des outils et des connaissances nécessaires pour professionnaliser le secteur du volontariat au Bénin et pour préparer leur participation au programme des volontaires de la CEDEAO. »

Dans un contexte où la CEDEAO peine à harmoniser ses initiatives face aux défis migratoires et climatiques, cette initiative béninoise émerge comme un modèle. Contrairement à des pays voisins comme le Nigeria ou le Ghana, où le volontariat reste souvent éclaté entre initiatives locales et aides internationales sporadiques, le Bénin opte pour une stratégie cohérente : intégrer les OSC dans le tissu régional. Colombe Doyigbe, Directrice des Ressources Humaines en charge du Volontariat à l’ANPE, le confirme sans détour : « L’objectif est d’une part, de contribuer à professionnaliser le secteur du volontariat et d’autre part, de renforcer la participation des partenaires OSC au Forum régional des Agences nationales de Volontariat de l’espace CEDEAO et améliorer leur contribution à la réalisation des objectifs du Forum. »

Les participants, triés sur le volet : responsables d’ONG chevronnés et volontaires de terrain, souvent issus de zones rurales où l’engagement rime avec survie quotidienne, ne s’y trompent pas. Leur présence massive, saluée comme un « témoignage de l’intérêt que vous portez à l’engagement citoyen », traduit une soif d’évolution. Au menu : modules sur la gestion de projets, le networking et la conformité aux standards CEDEAO, conçus pour transformer des passionnés en stratèges.

Professionnalisme en marche : outils concrets pour un impact maximal

Au-delà des théories, cette formation distille des apports tangibles. « La formation les aide à gérer leurs activités avec beaucoup plus de professionnalisme et à maximiser leur participation au Forum des Agences nationales de volontariat de l’Espace CEDEAO », explique Doyigbe. Imaginez : des volontaires qui, jusqu’alors, jonglaient avec des budgets précaires et des rapports improvisés, repartant armés d’un référentiel de montage de missions de volontariat. Ce document, déjà disponible et conçu par les pays partenaires au programme DENVA (Développement des Nations via le Volontariat en Afrique), fait du Bénin le pionnier en matière de diffusion. Le jour 2 de la session y est consacré intégralement, offrant un tremplin pour des missions structurées et évaluables.

Cette approche n’est pas anodine dans un Bénin où le volontariat irrigue les veines du développement. Comme le souligne Doyigbe, il « apporte une forte contribution aux objectifs de développement durable ». Les volontaires, ces « artisans du changement », interviennent dans l’éducation ; dans la santé pour vacciner les communautés isolées du Nord ; dans l’environnement pour reboiser. Leur labeur, transversal, aligne le Bénin sur l’Agenda 2030 des Nations Unies, où chaque heure donnée compte comme un investissement dans la résilience collective.

Vers une loi et un 8e Forum tonitruant

L’avenir du volontariat béninois s’annonce sous les auspices d’une maturité institutionnelle. « L’avenir du volontariat semble prometteur. J’ai la conviction que le volontariat connaîtra de beaux jours (professionnalisation du secteur, reconnaissance et intégration dans les politiques nationales, valorisation des compétences et de l’employabilité) avec le document de l’avant-projet de loi déjà disponible et qui sera validé sous peu », prédit Doyigbe. Ce texte, en gestation, promet une reconnaissance formelle qui pourrait multiplier par deux l’employabilité des volontaires, en les reliant à des opportunités publiques et privées.

Et le cap régional ? À l’issue de cette formation, les OSC sont appelées à se mobiliser pour le 8e Forum, prévu à Lomé au Togo. « Les partenaires OSC devraient se mobiliser nombreux pour y participer et faire participer leurs volontaires », exhorte Doyigbe. Ce passage de relais, du Bénin au Togo, symbolise une CEDEAO en mouvement : un espace où le volontariat n’est plus une marge philanthropique, mais un pilier économique, générant des retours invisibles mais colossaux, estimations à l’appui, jusqu’à 1,5 % du PIB ouest-africain via des contributions non monétaires.

Dans cette arène, le Bénin ne se contente pas de suivre ; il mène la danse. Cette formation, humble en apparence, pourrait bien être le catalyseur d’une vague : des OSC renforcées qui, de Cotonou à Accra, tissent un filet de solidarité impénétrable aux crises. Pour les décideurs internationaux qui scrutent l’Afrique, c’est un rappel brut : le vrai pouvoir réside dans ces cœurs battants, prêts à se professionnaliser pour conquérir l’avenir.

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