Economie

Croissance économique robuste en 2024 : Le Bénin sur une lancée prometteuse

Le Bénin clôture l’année 2024 sur une note économique impressionnante. Selon les données publiées par l’Institut National de la Statistique et de la Démographie (Instad) dans ses comptes nationaux, le taux de croissance économique a atteint 9,2 % au quatrième trimestre 2024, un bond significatif après des performances déjà solides de 6,3 %, 6,6 % et 7,3 % aux premier, deuxième et troisième trimestre respectivement. Sur l’ensemble de l’année, cette dynamique se traduit par un taux annuel de 7,5 %, contre 6,4 % en 2023, soit une progression de 1,1 point. Derrière ces chiffres, une réalité se dessine : le Bénin consolide sa position parmi les économies les plus dynamiques de la sous-région ouest-africaine.

Le quatrième trimestre 2024 marque un tournant. Avec une croissance de 9,2 %, le pays enregistre son meilleur résultat trimestriel de l’année, dépassant largement les prévisions des analystes. Ce pic s’explique par une combinaison de facteurs : la vitalité de la production agricole, notamment le coton – pilier historique de l’économie béninoise –, l’essor continu de la Zone Industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) et une résilience remarquable des services face aux chocs externes. Le contraste avec les trimestres précédents, bien que déjà positifs, souligne une accélération qui n’a pas échappé aux observateurs. « Cette fin d’année montre que les investissements publics et privés commencent à porter leurs fruits », commente un économiste basé à Abomey-Calavi, spécialiste des finances publiques.

Sur l’année, le taux de 7,5 % reflète une trajectoire ascendante. Comparé aux 6,4 % de 2023, ce rebond de 1,1 point témoigne d’une économie qui gagne en vigueur, malgré un contexte régional marqué par l’instabilité au Sahel et les tensions économiques au Nigeria voisin. Le Bénin semble ainsi tirer profit de sa stratégie de diversification, portée par le Programme d’Action du Gouvernement (PAG II), et d’une gestion budgétaire rigoureuse saluée par les partenaires internationaux.

Quelles implications pour les Béninois ?

Pour les citoyens, cette performance économique est une nouvelle à double tranchant. D’un côté, elle augure d’une création d’emplois potentielle, notamment dans l’agro-industrie et les infrastructures, deux secteurs dopés par les investissements massifs de ces dernières années. La GDIZ, par exemple, avec ses usines de transformation de coton et de noix de cajou, pourrait offrir des opportunités aux jeunes et aux femmes des zones rurales, souvent laissés pour compte. De plus, une croissance soutenue pourrait renforcer les recettes fiscales, permettant au gouvernement d’injecter davantage de fonds dans les services publics comme la santé et l’éducation.

Mais les fruits de cette croissance ne sont pas encore perceptibles pour tous. « Les chiffres sont encourageants, mais le panier de la ménagère reste cher », confie une commerçante du marché Dantokpa à Cotonou. L’inflation, bien que maîtrisée sous la barre des 3 % grâce à la stabilité du franc CFA, continue de peser sur le pouvoir d’achat des ménages modestes. Les inégalités régionales, avec un nord du pays confronté à l’insécurité et un sud plus industrialisé, risquent également de s’accentuer si cette croissance ne s’accompagne pas d’une redistribution équitable.

Un premier trimestre 2025 sous surveillance

Que peut-on attendre du premier trimestre 2025 ? Les analystes restent prudemment optimistes. Si la dynamique actuelle se maintient, le Bénin pourrait viser une croissance annuelle flirtant avec les 8 %, un seuil symbolique qui conforterait son statut de locomotive économique dans l’UEMOA. Les projets d’infrastructures, comme l’extension du port de Cotonou et les partenariats avec des investisseurs étrangers, devraient continuer à stimuler l’activité. Cependant, des vents contraires subsistent : la volatilité des prix des matières premières, notamment le coton, et les incertitudes géopolitiques régionales pourraient freiner cette belle envolée.

Pour les experts, le défi sera de transformer cette croissance en développement inclusif. « Le Bénin doit investir dans la résilience climatique et la formation pour que cette performance profite durablement à la population », insiste un consultant en développement durable. Alors que 2025 s’ouvre, tous les regards sont tournés vers les premières données trimestrielles, qui diront si cette trajectoire ascendante est un feu de paille ou le prélude à une ère de prospérité durable.

Yêdafou KOUCHÉMIN

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