
La précarité des artistes béninois, longtemps ignorée dans les débats politiques, est désormais au cœur du projet culturel de Romuald Wadagni pour l’élection présidentielle de 2026. Le candidat du parti au pouvoir a présenté une initiative ambitieuse visant à instaurer une rémunération régulière pour une sélection d’artistes, avec l’objectif affiché de professionnaliser durablement la création artistique au Bénin.
Actuellement, la majorité des créateurs vivent de revenus irréguliers, souvent dépendants de cachets ponctuels, de soutiens privés ou d’initiatives personnelles. Cette instabilité rend difficile la planification de projets à long terme et limite le rayonnement du secteur. Le projet de Wadagni vise à rompre avec ce modèle, en offrant une forme de salaire sur plusieurs années à des artistes sélectionnés, leur permettant de se consacrer pleinement à leur art.
Le mécanisme ne concernerait pas l’ensemble des artistes. Une sélection rigoureuse et transparente déterminera les bénéficiaires, en fonction de critères précis liés à la production, à la diffusion et à la contribution au rayonnement culturel national. Les artistes retenus devront s’engager à respecter des obligations définies, garantissant que la rémunération régulière s’accompagne de résultats concrets et d’une présence active dans la vie culturelle.
Au-delà de la question financière, le dispositif prévoit un encadrement structuré. Des liens renforcés entre artistes et structures culturelles, tant au niveau national qu’international, visent à améliorer la diffusion des œuvres et à insérer les créateurs béninois dans des réseaux professionnels plus larges. Des résidences artistiques réparties sur l’ensemble du territoire sont également envisagées, dans le but de décentraliser la création et de dynamiser les pôles régionaux.
Professionnalisation et rayonnement
L’initiative s’inscrit dans une logique de structuration durable. Il ne s’agit pas seulement de verser un revenu aux artistes, mais de créer un cadre professionnel qui transforme la culture en secteur économique viable. Wadagni mise sur la création d’emplois, la valorisation du patrimoine artistique et l’amélioration de l’image du Bénin sur la scène africaine et internationale.
Selon lui, cette politique pourrait constituer un modèle pour la sous-région, en plaçant la rémunération régulière et l’accompagnement professionnel au cœur de la reconnaissance du travail artistique. Il s’agit de passer d’une logique d’aide ponctuelle, souvent symbolique, à un véritable accompagnement sur le long terme.
Cette annonce marque un tournant dans le discours politique sur la culture au Bénin. Pour la première fois, la rémunération des artistes est envisagée comme un élément structurant de la politique culturelle nationale, et non comme un simple complément de revenus. Le projet ouvre également la réflexion sur la reconnaissance du travail artistique comme une activité professionnelle à part entière, capable de contribuer à l’économie et à l’identité culturelle du pays.
Ambroise AMETOWONA



