Transition politique au Bénin : Soglo salue le retrait de Talon

L’ancien président Nicéphore Dieudonné Soglo a publiquement salué, ce 1er mai, la décision du chef de l’État sortant Patrice Talon de ne pas briguer un troisième mandat. Dans un message au ton solennel, il voit dans ce choix un acte majeur en faveur de la démocratie et un signal fort envoyé à l’ensemble du continent africain.
Au moment où le pays tourne une nouvelle page politique, Nicéphore Soglo a également félicité le duo victorieux conduit par Romuald Wadagni, dont l’élection, selon lui, consacre un processus électoral conforme aux normes démocratiques. Il a tenu à rappeler le rôle déterminant des institutions, notamment la Commission électorale nationale autonome et la Cour constitutionnelle, dans la proclamation des résultats, soulignant la crédibilité du scrutin.
Mais au-delà de l’issue électorale, c’est surtout l’attitude du président sortant qui retient l’attention de l’ancien chef de l’État. Nicéphore Soglo insiste sur un fait qu’il juge hautement symbolique : l’absence du nom de Patrice Talon sur le bulletin unique. Une illustration, à ses yeux, du respect de l’engagement pris par le président de ne pas se représenter. « Je m’en réjouis personnellement », a-t-il déclaré, saluant un acte de responsabilité et de fidélité à la parole donnée.
Dans un contexte africain souvent traversé par des débats sur la limitation des mandats, l’ancien président estime que ce geste distingue le Bénin. Il y voit une preuve de maturité politique et un renforcement de l’image du pays comme démocratie respectueuse des principes républicains.
Revenant sur ses échanges avec Patrice Talon, Nicéphore Soglo révèle que ce dernier lui avait, à plusieurs reprises, confié son intention de ne pas briguer un nouveau mandat, notamment lors de la décrispation politique amorcée en 2022. Fidèle à sa posture, il affirme lui avoir toujours répondu : « Seul, tu choisiras ton destin ».
Cette position prudente, il l’avait déjà exprimée en février 2025 dans un entretien accordé à Christophe Boisbouvier de RFI, à l’occasion de la parution de ses mémoires Vers le Miracle béninois. L’épreuve du pouvoir et de la démocratie. Interrogé sur une éventuelle nouvelle candidature de Patrice Talon, il avait alors laissé au principal intéressé le soin de décider.
Pour Nicéphore Soglo, le retrait du président sortant s’inscrit dans la continuité de l’histoire démocratique du Bénin, amorcée depuis la Conférence nationale de février 1990. « Le pouvoir n’est qu’un service et non un privilège perpétuel », a-t-il insisté, rappelant que la grandeur d’un dirigeant réside dans sa capacité à respecter les règles et à servir l’intérêt général.
Les dirigeants et leur responsabilité
L’ancien maire de Cotonou n’a pas manqué d’établir un parallèle avec sa propre expérience, évoquant son départ du pouvoir en 1996. « L’histoire n’oublie jamais ceux qui savent partir à temps », a-t-il souligné, dans une réflexion plus large sur la responsabilité des dirigeants.
Dans un message à la fois personnel et politique, Nicéphore Soglo a adressé ses vœux de « bonne retraite politique » à Patrice Talon, tout en lui souhaitant un joyeux anniversaire, la déclaration coïncidant avec la célébration de la naissance du président sortant, le jour de la fête du Travail.
Au-delà de cet hommage, l’ancien chef de l’État lance un appel à la classe politique africaine, invitant les dirigeants à s’inspirer de cet exemple afin de promouvoir une culture politique fondée sur le respect des institutions et de la souveraineté populaire.
« Vous entrez dans le cercle des vrais bâtisseurs de traditions républicaines en Afrique », a-t-il affirmé à l’endroit de Patrice Talon, marquant ainsi, selon lui, une étape symbolique dans la vie politique béninoise. Une transition qu’il qualifie d’apaisée et porteuse d’exemplarité, dans un contexte où la stabilité démocratique reste un enjeu majeur sur le continent.
Ambroise AMETOWONA
Intégralité du message de Nicéphore SOGLO, ancien président du Bénin
Béninoises, Béninois,
Chers compatriotes,
Au terme de l’élection présidentielle du 12 avril 2026, les institutions en charge du processus électoral ont proclamé le duo porté par Romuald Wadagni vainqueur du scrutin.
Oui, Romuald Wadagni et non Patrice Talon, puisque sur le bulletin unique réalisé par la CENA pour cette élection, le nom du président Talon n’a été mentionné nulle part, preuve irréfutable du respect de la parole donnée par le Chef de l’État de ne pas briguer un troisième mandat.
Je m’en réjouis personnellement et l’en félicite au nom de tout le Bénin. Je lui souhaite la bienvenue dans le cercle très restreint des anciens présidents. Car il y a bien une vie après la Marina. Et qui mieux que moi, Nicéphore Dieudonné Soglo, pour le rappeler !
En effet, en février 2025, à la parution de mes mémoires Vers le Miracle béninois, j’avais déjà souligné cette conviction.
L’épreuve du pouvoir et de la démocratie m’a conduit, lors d’un entretien avec Christophe Boisbouvier de RFI, à répondre sans ambiguïté à la question : « Le président Patrice Talon fera-t-il un troisième mandat ? » Ma réponse fut claire : « Seul, il choisira son destin… »
Dans le cadre de la décrispation politique amorcée en 2022, le président Talon et moi avions convenu de nous rencontrer régulièrement. À chacune de nos rencontres, il m’a réaffirmé qu’il ne briguerait pas un troisième mandat. Et chaque fois, ma réponse est restée la même : « Seul, tu choisiras ton destin… »
En s’interdisant de briguer un troisième mandat dans un contexte africain où la question du pouvoir à vie divise encore de nombreux pays, la décision du président Patrice Talon dépasse les limites constitutionnelles : elle constitue un acte profondément fort.
Ce choix, essentiellement démocratique, témoigne d’une éthique politique rare, d’une fidélité à la parole donnée et d’une élégance qui laissera une trace indélébile dans l’histoire du Bénin.
L’histoire ne retient pas toujours ceux qui ont voulu durer, mais elle n’oublie jamais ceux qui ont su partir à temps comme je l’ai fait en 1996.
Par ce geste, Monsieur le Président Talon, vous entrez dans le cercle des vrais bâtisseurs de traditions républicaines en Afrique. Que votre exemple inspire des générations d’acteurs politiques africains.
Que votre nom reste associé à une nouvelle manière de gouverner, où la grandeur ne se mesure pas à la durée au pouvoir, mais à la qualité des réalisations et des décisions prises.
Monsieur le Président Patrice Talon, je vous souhaite une bonne retraite politique.
Président Talon, cher fils, je vous souhaite un joyeux anniversaire.
Vive le Bénin
Je vous remercie.
Fait à Cotonou, le 1er Mai 2026



